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La Gouvernance Data à la Française des Jeux

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Qualité de la donnée, cadre juridique et agilité...
Matthias Oehler revient pour nous sur les enjeux d'une gouvernance data au sein de la FDJ.

Les missions du CDO

Les missions du Chief Data Officer à la Française des Jeux s'articulent autour de deux grands axes. Un axe défensif qui a pour objectif de garantir la bonne protection des données (confidentialité, sécurité et gestion des risques), la gestion de la documentation et de la structuration des données et enfin l'amélioration de la qualité des données. Puis un axe offensif qui s'étend plus sur l'amélioration des usages - avoir des données utiles, utilisables et utilisés - et leur valorisation.

Pour mener à bien ces missions, il a fallu rapidement mettre en place une gouvernance autour des données afind'identifier des acteurs, définir les rôles et les responsabilités de chacun et mettre en placeles instances de pilotagenécessaires pour garantir une approche transverse des sujets data. Cet écosystème a pour objectif de suivre les projets en cours et à venir et de garantir la bonne application des standards, de la politique data et le suivi d'une trajectoire commune par toutes les entités de FDJ.

Les enjeux de la démocratisation de la data

La démocratisation de la data, c'est rendre la donnée intelligible pour ensuite l'exposer au plus grand nombre dans l'organisation. Les enjeux sont donc tout naturellement techniques et culturels. Technique parce que cela nécessite de sortir des schémas de BI traditionnels qui sontsilotés par métiers, structurés et structurants pour se diriger vers des solutions permettant un fonctionnement plus agile, self-service et transverse. Et culturel parce que cela nécessite forcement de casser les silos organisationnels afin d'aligner les métiers et de garantir une vision commune autour des données mais également de sensibiliser et accompagner des utilisateurs afin qu'ils acquièrent des compétences analytiques plus avancées. Cela nécessite donc de cadrer, de normaliser et d'accompagner les utilisateursafin de garantir une approche patrimoniale, une cohérence et une efficacité dans l'exploitation des données.

La valorisation des données

Je n'aime pas le terme « valorisation » car c'est un concept très subjectif qui dépend totalement du contexte dans lequel on se trouve. Quelle est la valeur d'une bouteille d'eau ? A Paris ? Dans le désert ? Pour les données, la valorisation est souvent assimilée à une augmentation de revenus et donc à « je vends les données de mes clients ». Or, il faut voir la donnée comme un levier d'optimisation beaucoup plus complet. En effet les données permettent évidemment d'améliorer l'efficacité business mais aussi d'améliorer la productivité, d'économiser des coûts, d'augmenter la satisfaction des clients, etc.

Les contraintes règlementaires autour de la donnée

Comme tout le monde, nous sommes assujettis au nouveau règlement général sur la protection des données (RGPD) pour lequel nous avons nommé un Data Protection Officer (DPO) et avec qui je travaille en étroite collaboration. Néanmoins, en tant qu'opérateur de jeu d'argent, nous avons également diverses obligations légales auprès des autorités compétentes (Service Central des Courses et Jeux, Tracfin, ARJEL...) et nous répondons à des critères de certification d'organismes européens et internationaux (European Lotteries, World Lottery Association), nous encourageant à avoir une approche holistique autour de la gestion de nos données et des obligations légales auxquelles nous devons nous conformer.

La disruption des business models par la data

J'aime dire que notre métier n'a pas changé depuis le siècle dernier, nous connaissons toutefois des bouleversements à plusieurs niveaux. L'augmentation du volume et de la diversité des données disponibles a mécaniquement engendré une forte baisse de la qualité des données exploitables. Les capacités de traitement et d'analyse se sont drastiquement améliorées avec les nouvelles infrastructures SI, ce qui nous a permis de généraliser des algorithmes qui étaient utilisés seulement dans des domaines très spécifiques. Le nombre d'acteurs grandit de manière exponentielle, ce qui a permis d'acculturer le marché sur l'usage et l'importance de la data. Enfin, les ressources humaines sont de plus en plus nombreuses mais aussi beaucoup plus sollicitées, ce qui engendre une variabilité forte dans la capacité à faire. Nous sommes passés d'un environnement de niche, plutôt assimilé à des experts, à un environnement massif et très compétitif. Il ne suffit plus de faire du datamining pour être différenciant - c'est devenu une commodité - il s'agit maintenant d'avoir une maîtrise parfaite de ses données et des prestataires avec lesquels on travaille afin de créer des produits innovantssur un marché en constante évolution et donc de s'adapter très rapidement.

Les missions du Chief Data Officer d'aujourd'hui et de demain

Certains sujets comme la qualité et la valorisation des données ou l'innovation resteront des enjeux clés et permanents pour les missions du CDO. Le challenge principal reste organisationnel. Comment positionner la data dans l'organisation : est-ce une fonction support au service des métiers, une fonction décentralisée dans les métiers ou un centre de profit à part entière ? Probablement un peu des trois. La data n'est plus un sujet, c'est une philosophie.